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Notes d'intention

de Fabrice Melquiot

" Comme pour Frankenstein et Moby Dick, je revendique tout autant la fidélité au texte originel que la possibilité de m’en éloigner ; je crois que la distance, la digression, l’invention, nourrissent encore l’attachement qu’on porte à une œuvre. A chaque fois que je m’attelle à l’adaptation d’un classique, j’aime en saisir le patron, en redessiner la trame avec des outils dramatiques et tirer aussi des fils invisibles à l’œil nu, fils qui cherchent un en-deçà de l’intrigue, des personnages et des situations ; peut-être une façon de remonter à la source, la source de l’œuvre, la source de soi et la source de ce qui nous lie à l’œuvre."

 

J’aimerais poursuivre, à travers une lecture nouvelle des récits fantastiques de Münchhausen, des questions que je pose de texte en texte. De quelle nature est le dialogue entre la création et l’enfance, entre l’enfance et la mort ? Qu’est-ce qu’une société assujettie au réel, à la logique et à la raison ? En quoi l’imagination, le fantasme, le mensonge (peut-être) sont-ils les premiers outils de vérités à venir ? Et si ce qui est imaginé aujourd’hui est prouvé demain, comment transmettre aux enfants, à la jeunesse, le goût de l’invention, cette faculté d’agir au-delà de lois préétablies, de protocoles identifiés, de cadres étouffants ?

Certes, Le Baron de Münchhausen nous parle de la fantaisie qui manque, la folie épique qui fait défaut, il offre à nos rêves une amplitude inouïe qui nous renvoie dans les cordes de nos propres aspirations. Contre un réel mortifère, Münchhausen brandit ses armes fictives et fictionnelles. Produire de la fiction, rêver le réel pour ne pas le subir, c’est apprendre à vivre pour soi, vivre avec les autres, grandir en soi et au contact des autres, c’est aussi apprendre à mourir, peut-être mieux tolérer l’idée de disparaître…

J’ai imaginé comme paysage-matrice à mon adaptation de Münchhausen une chambre d’hôpital ; j’ai sans doute été mené là par le syndrome portant le nom du personnage : cette pathologie caractérisée par le besoin de simuler une maladie ou un traumatisme dans le but d’attirer l’attention ou la compassion. Syndrome de Münchhausen. Le Baron est vieux, il serait malade dit-on. Il faudrait le border, le soigner, l’empêcher. Pourtant, il y a des cyclopes et des Russes, des lions et des crocodiles, une échappée sur la lune, un boulet de canon qu’on enfourche comme Bucéphale, un voyage au centre de la terre, un autre dans les profondeurs de la mer, il y a Vénus et Vulcain, une baleine gigantesque, des apparitions fabuleuses et des disparitions magiques. J’ai donné à Münchhausen un fils, inexistant chez Raspe, qui pourrait revêtir, dans les délires de Münchhausen, les identités plurielles de ses compagnons Cavallo, Ouragane, Hercule ou Jécoute… ».

Fabrice Melquiot




 

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