Les Mandibules

La pièce

Farce sur la voracité humaine, pour 7 personnages

Nous mangeons, mangeons, mangeons... mangeons. Tout disparaît petit à petit dans les estomacs insatiables des humains : les céréales, les fruits, les animaux terrestres, les animaux des eaux douces et salées, les animaux des cieux, les animaux souterrains.... Les hommes deviennent gros, bouffis, énormes et leur appétit s'accroit. Seulement voilà, un jour la nourriture manque, car tout a été dévoré.


Le public sera convié à une espèce de cérémonial onirique organisé autour d’une démonstration des possibles développements de l’instinct anthropophagique.
Nous sommes ici dans la sphère magique du conte, c’est-à-dire dans la caverne du vieux dépôt des mythes collectifs.
En écrivant cette pièce, je suis allé, me semble-t-il, aussi loin qu’on peut dans l’exploitation de l’image de ce qui subsiste en l’homme de son primitivisme. Comme pour d’autres de mes œuvres, j’ai travaillé là en entomologiste.
Louis Calaferte

Le générique

LES MANDIBULES

de Louis Calaferte


Création le 17 avril 2018 - Atelier Théâtre Jean Vilar, Louvain-la-Neuve, Belgique


Mise en scène : Patrick Pelloquet
Assistante à la mise en scène: Hélène Gay
Scénographie : Sandrine Pelloquet
Costumes : Lionel Lesire
Maquillage : Carole Anquetil


Avec :

Hélène RAIMBAULT : Madame Walter
Cécile VAN SNICK : Madame Wilfrid
Didier ROYANT : Monsieur Walter
Patrick PELLOQUET: Monsieur Wilfrid
Toni D'ANTONIO : Le Boucher
Robin VAN DYCK : Baby
Sophie DELOGNE : Babette

 

Une coproduction du Théâtre Régional des Pays de la Loire, de l’Atelier Théâtre Jean Vilar et de DC&J Création.
Avec le soutien du Centre des Arts Scéniques (CAS) et du Tax Shelter du Gouvernement belge.

 

Le Théâtre de Louis Calaferte est édité aux Editions HESSE.

Notes d'intention

Louis Calaferte se propose de nous donner à rire en nous racontant une fable…

Une fable qui commence comme… la vie…
Enfin presque comme la vie…

Une fable qui commence par :

Ce soir, au dîner, Monsieur et Madame Wilfried et leur fille Babette, se sont contentés de thon, de tomates, de terrine, de tête de veau et de tourteau, avec une grosse salade de chou rouge et une omelette au lard pour commencer.
Il faut dire que le midi à l’école, Babette avait bien mangé et repris beaucoup de côtelettes.

Ce soir, au dîner, Monsieur et Madame Walter et leur fils Baby se contenteront d’un rôti de porc avec beaucoup de marrons, de la purée et des choux de Bruxelles.
Il faut dire que le midi, Baby avait trouvé drôlement bonne la grosse salade avec des œufs et des anchois et que la dame de la cantine, qui est très gentille, lui en avait redonné deux fois.
Il faut dire que Monsieur Walter, lui, avait déjeuné chez Wins, invité par Willis, avec son frère William et Willicot.
Chez Wins, il avait dégusté une andouillette, des asperges, des aspics, des cèpes à la crème, du gigot aux flageolets et un bœuf mode.

Pour l’heure, chacun se couche car demain, les Walter seront invités chez les Wilfried… pour dîner.

Baby rêve que plus tard il aura un ventre « grand comme ça » pour aller dans les banquets comme papa, et Babette prépare, pour sa poupée, un bon gâteau avec du sucre, de la mélasse, du caramel, des fruits confits, de la liqueur…

Ce soir, Monsieur Chevillard, le boucher du village, lui, ne dort pas. En effet, depuis quelque temps, il ne cesse de mettre en garde ses clients : « Le cheptel, on aurait intérêt à le surveiller si un de ces quatre matins on ne veut pas avoir une mauvaise surprise ».

C’est vrai que ces Walter et ces Wilfried sont bien insouciants, bien inconscients… bien au chaud, bien nourris… comme dans la vie quoi…

Nous ne dirons pas comment finit la fable afin de vous laisser découvrir la « surprise » dont parle Monsieur Chevillard…

D’ici là, bon appétit et dormez bien !

Patrick Pelloquet

 

Scénographie et costumes

 

Louis Calaferte qualifie lui-même sa pièce de « cérémonial onirique » dont le point de départ s’ancre fortement dans la « réalité quotidienne ».
La scénographie et les costumes doivent tenir compte de ces deux idées forces.
Lieux : deux appartements. Celui des Walter à cour, celui des Wilfrid à jardin et au lointain la boucherie de Mr Chevillard.
Intérieurs identifiables meublés des seuls éléments distinctifs de la vie des personnages « cadres moyens » et « commerçants » tous acteurs de la « société de consommation » des années 1970.
Ces lieux ne sont pas fermés. Ils se métamorphosent au fil de la narration.


Les costumes affirment l’image de ce monde qui s’uniformise. Les enfants suivent la voie des parents qui se fondent dans la masse par conformisme, appréhension, effet de mode…
Ces silhouettes distinctives d’un certain milieu social sont renforcées par un maquillage soutenu, tendant à unifier les cellules familiales : trio père - mère - enfants : même aspect, mêmes défauts, même tics…


À la manière d’un Ionesco ou d’un Tardieu, Louis Calaferte s’amuse avec les mots, les sonorités… cette distorsion de la réalité provoque le rire un premier temps mais le cauchemar est latent.


Les choix esthétiques doivent servir ce rapport aux spectateurs souhaité par l’auteur : détournement, amplification, exagération des éléments réalistes.

Musique et lumière prendront en charge la monté en puissance du « cérémonial onirique ».

 

Réflexions

 A PROPOS DU THÉÂTRE DE LOUIS CALAFERTE, témoignage de Patrick Pelloquet à l’occasion des premières rencontres Louis Calaferte à Blaisy-Bas en 2011.

 
C’est Jean-Pierre Miquel qui m’a transmis le virus Louis Calaferte. J’ai été son assistant au Centre Dramatique National de Reims. Jean-Pierre, à l’origine des créations de plusieurs textes de Louis Calaferte à Amiens ou au « petit Odéon », connaissait mon goût pour « les personnages du quotidien » et le sens de la dérision…
Il avait confié à Denis Llorca, metteur en scène associé au Centre Dramatique le soin de monter Les mandibules quelques années auparavant et il m’a offert le texte…
J’ai donc fait la connaissance de Louis Calaferte par le théâtre, par Les mandibules, pièce que je montais en 1996. Cette œuvre fût pour moi une révélation… Puis je créais Une souris grise en 2004 et La bataille de Waterloo, L’entonnoir et Trafic en 2009.

 

Mécanisme et musicalité du texte

Je faisais l’expérience en écoutant le texte lu à haute voix par les acteurs de la nécessité d’un rythme, d’une articulation, de l’affirmation, parfois péremptoire, des mots pour « entendre le dérisoire », le vide, le « rien », la solitude…
Les personnages habillent de certitudes verbales des vides existentiels. Des phrases aux limites du « lieu commun », des proverbes qui se transmettent de génération en génération, des mots aux sonorités accordées viennent rassurer des personnages angoissés par le « silence », seul écho à leur attente…
Pas de psychologie, de temps psychologique, mais seulement des variations mécaniques et musicales…
Le plaisir du jeu se cache dans le plaisir de prononcer, de mâcher, d’articuler, d’affirmer. La musique se révèle d’elle-même, les doubles ou triples croches phonétiques font apparaître les doubles ou triples sens du verbe et l’on « s’amuse »…

 

Construction des personnages

 Il n’y a pas de construction psychologique ou de « naturalisme » des personnages…

Par exemple, il y a souvent des enfants dans les pièces de Calaferte (Baby et Babette dans Les mandibules, Ludovic dans Une souris grise ou Annibal et Eléonore dans La bataille de Waterloo…) qui sont interprétés par des comédiens adultes sans aucun problème…

Les personnages de Louis Calaferte sont des « stéréotypes de comportements », des individus qui composent notre société à l’image des « play-mobil » ces petites figurines pour les enfants…

L’acteur ou l’actrice met son corps, sa voix, au « service » du stéréotype qu’il interprète : le papa, la maman, la grand-mère… Chacun des « personnages » sera affublé des « signes », des « codes » qui  authentifient son statut dans la société au regard de la majorité…

Il faut que les acteurs acceptent cette première période de travail, très formelle, qui fait abstraction de tout investissement sensible…

Il ne s’agit pas de nier l’interprète mais il s’agit de lui faire revêtir cette fine pellicule de formalisme qui lui confère un statut d’universalité…

Le comédien qui joue « le papa » incarne « la paternité »…

Dans le répertoire de Louis Calaferte tout le monde peut tout jouer. Ce qui importe c’est la complémentarité des énergies, le sens du rythme dans l’échange et la nécessaire affirmation de la pensée.

Etre dans l’universel en interprétant l’anecdotique impose l’émerveillement, l’enthousiasme, la révolte, le bonheur de celui qui s’enivre de découvertes et se rassure de certitudes…

On doit jouer Calaferte sans malice. C’est lui qui nous la donne en réponse à notre sincérité d’interprétation…

 

 Le constat expérimenté

 Les situations sont tout de suite identifiables…

Elles nous envoient à une intimité plus ou moins avouable de nos comportements quotidiens. Il nous invite en terres connues puis introduit le grain de sable dans la mécanique des certitudes…

Il aime faire entrer « l’extérieur » dans le cocon le plus intime, le plus protégé : Madame Ondula, la « voisine » de La bataille de Waterloo entre dans l’intimité du couple formé par Alexandre et Gertrude comme le fait  Hans Otto Waterbrunner chez les Bernachons dans Une souris grise ou le Bambi de L’entonnoir qui fait connaissance de ses propres parents…

Et quand l’ennemi ne vient pas « de l’extérieur », c’est « par l’intérieur » qu’il se manifeste et la « tuyauterie corporelle » fait des siennes… Cette fois Calaferte nous entraîne sur les chemins de sa révolte contre la maladie et le monde médical. Lui qui a souffert dans sa chair pendant de très nombreuses années, il met en scène la nécessaire soumission du patient et de son entourage à l’autorité du savoir. Lui qui refusait toute forme de dépendance, il dénonce l’escroquerie, les abus et la trahison du « serment » de certains médecins. Il nous parle du désarroi, de l’incompréhension et de l’injustice devant la maladie.

 

« L’arthrose dont je souffre abominablement serait inscrite dans le processus de développement de la maladie de Kahler, qu’on a identifiée chez moi il y a quelques années. Quant à mon histoire pulmonaire, la cause en serait identique. Je n’arrive pas à croire un mot de toutes ces élucubrations médicales ».

Louis Calaferte, Le jardin fermé - Carnet XVI - L’Arpenteur 1994

 

Dans Le serment d’Hippocrate la cellule familiale est représentée au travers de deux générations : « Madelaine» et sa mère « bon maman 77 ans » et « Lucien » et son père « papa 78 ans ». Après avoir été confrontée à la consommation puis à la pénurie de nourriture dans Les Mandibules, au monde du travail et à la promotion interne à l’entreprise dans Une souris grise, à la présence de l’étranger et de ses « différences » dans La bataille de Waterloo, la famille doit cette fois faire face à l’autoritarisme du monde médical. Les enfants vont devoir prendre en charge les parents et mettre à exécution les prescriptions des médecins. Cette situation exacerbe les rapports intergénérationnels ainsi que les rapports de couple.

 

 Un auteur prémonitoire ?

 Il appelle à la « désobéissance » et voit le troupeau au bord de la falaise…

Il projette dans le temps les dérives de son époque et le constat que nous en faisons aujourd’hui est malheureusement troublant de vérité…

J’ai créé Les mandibules au moment de « l’affaire » de la vache folle en 1996 et depuis, le questionnement  lié à la production et à la consommation de nourriture sur la planète s’est intensifié…

Il en va de même dans ses anticipations concernant le rapport au travail, à l’éducation…

Le serment d’Hippocrate nous renvoie au comportement individuel face aux prescriptions médicales. Le monde de la santé, aujourd’hui, fait l’objet d’enjeux économiques très importants. Le docteur « Knock » créait sa « clientèle ». La comédie grinçante de Jules Romains dénonçait la « manipulation » à des fins commerciales des patients par un médecin peu scrupuleux.

A l’époque où fleurissent de nombreux scandales sanitaires, Calaferte s’engage dans cette voie.

Comme Knock, les médecins du Serment d’Hippocrate pourraient affirmer : « Le tort des patients, c’est de dormir, dans une sécurité trompeuse dont les réveille trop tard le coup de foudre de la maladie ».

Les personnages vivent une « métaphysique quotidienne » qui les dépasse et avec laquelle ils composent du mieux possible dans la solitude et l’anonymat de leur condition…

Calaferte n’est pas moraliste et ne condamne pas cette « irresponsabilité ». Il leur souffle à l’oreille…

 

 

Le rire

 « Est-ce qu’ils ont ri ?... » Voilà la question qui « taraude » Guillemette l’épouse de Louis, à chaque représentation… et bien sûr !!! Et elle a mille fois raison… c’est essentiel !

Mais il ne faut pas se contenter du « premier rire ». Cette première couche immédiate et efficace à la première lecture du texte…

Il faut plonger profond pour comprendre et ressentir la « nature » de ce comique pour en savourer « la force » et mieux le restituer chaque soir en représentation…

Le théâtre de Louis Calaferte est d’une efficacité immédiate et cela peut être un danger pour des interprètes en manque d’exigence…

Il faut « s’emparer d’un comique dévastateur » qui puise ses origines dans la vie même de l’auteur…

Tous les acteurs qui jouent Calaferte se doivent de connaitre « l’homme », pour éviter tout malentendu…

Beaucoup de textes du « Théâtre baroque » contiennent un aspect comique fort, évident et les personnages de ces comédies ne font rire qu’autant qu’ils sont pitoyables.

« Le vrai comique est celui qui, en même temps qu’il nous divertit, au fond nous émeut. Jamais il n’est si proche de la perfection que lorsque, par une infime déviation, il pourrait se métamorphoser en tragique. Il doit éveiller en nous les résonnances dont on ne sait de quel indéfinissable malaise. »

« La création, c’est la vie.

L’art, c’est une envie d’être, une envie de vivre.

Quand allons-nous vivre ? Il est urgent et important d’apprendre à vivre et à aimer. Il faudrait arriver à faire comprendre cela petit à petit. »

Louis Calaferte

 

Cette volonté guide mon travail depuis des années maintenant.

 

Patrick Pelloquet

 

 

L'auteur

Louis Calaferte est né à Turin le 14 juillet 1928.

Sa famille s’installe dans la périphérie de Lyon où il vit dans la marginalité toute son enfance et son adolescence. Sous l’occupation, il a treize ans et demi, il travaille dans des conditions très dures en usine comme manœuvre, manutentionnaire. Le désir d’écrire lui est venu dès l’âge de treize quatorze ans et il lit tout ce qui lui tombe sous la main, sans sélection. Attiré surtout par les dialogues, il écrit des «pièces informes ».

En janvier 1946, il décide de partir à Paris, ville mythique où il vit dans les plus grandes difficultés matérielles et subsiste en faisant toutes sortes de petits métiers jusqu’au début des années 50. C’est à cette époque que Louis Calaferte écrit « Requiem des innocents ».

Cet ouvrage connaît un énorme succès en librairie.

Louis Calaferte fait d’emblée partie de la jeune génération d’écrivains d’après-guerre : Fallet, Arnaud, Vidalie, etc... tous de l’écurie Julliard. Mais il décide en 1962 de fuir la vie parisienne pour retourner à Lyon, puis de 1956 à 1969, de s’installer à Mornant. Il entre à la radio de Lyon, plus tard l’O.R.T.F, où il travaillera jusqu’en 1974.

En 1956, il commence « Septentrion » dont l’écriture durera cinq années.

S’il s’est essayé au théâtre très jeune – sa première pièce est jouée au Théâtre d’Angers alors qu’il n’a que vingt ans – il amorce son œuvre théâtrale dans les années 60 avec « Mégaphonie », « Trafic » et l’écriture pour France-Culture. Mais le public ne le découvre que dans les années 70 : en 1973, « Chez les Titch » mis en scène par Jean-Pierre Miquel au Théâtre de l’Odéon est un succès. Suivront ensuite les créations à Paris ou à Reims de toutes les pièces du Théâtre Intimiste et certaines du Théâtre Baroque : « Mégaphonie », « Les mandibules », « Le roi Victor », « La bataille de Waterloo », « Aux armes, citoyens ! », « Un riche, trois pauvres… », « Opéra bleu », « L’amour des mots ».

Louis Calaferte a reçu en 1984 le grand prix de littérature dramatique de la ville de Paris pour l’ensemble de son œuvre théâtrale. Homme secret, Louis Calaferte était un singulier de la littérature, rebelle et indomptable. Il meurt d’une leucémie le 2 mai 1994.

 

Le calendrier

Tournée en construction

Spectacle proposé en préachat été - automne 2018

Puis en tournée sur la saison 2019-2020

 

 Dates  Villes  Lieux  
du 17 au 28 avril 2018 Louvain-la-Neuve, Belgique Atelier Théâtre Jean Vilar Y-aller
Juillet 2018
Sarlat (24) Festival des Jeux du Théâtre de Sarlat  
Août 2018
Noirmoutier-en-l'Ile (85) Festival de Théâtre de Noirmoutier  
du 13 au 18 novembre 2018
Cholet (49) Théâtre Saint Louis  
mardi 20 novembre 2018
Coignières (78) Théâtre Alphonse Daudet